Devant cette propension funeste de violences qui s’exercent sur les femmes et les filles de tous les âges et catégories sociales, les violences contre les femmes sont l’une des violations des droits humains les plus répandues dans le monde et pourtant les moins reconnues.
Selon la Banque mondiale, le viol et la violence conjugale représentent un risque plus grand pour les femmes entre 15 et 44 ans, que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis.
Aujourd’hui encore :
1 femme sur 3 est victime de violences au cours de sa vie (coups, viol, abus), soit 1 milliard de femmes à travers le monde, 1 fille mineure est mariée de force toutes les 2 secondes, soit plus de 40 000 par jour. Plus d’un pays sur deux ne condamne pas le viol conjugal, soit 127 pays au total.
Près de 5 000 femmes sont victimes de crimes d’honneur chaque année.
1,36 millions de filles et de femmes sont victimes d’exploitation sexuelle dans le monde.
Plus de 125 millions de filles et de femmes vivent avec les séquelles de mutilations génitales.
Les violences faites aux femmes ne comprennent pas seulement les insultes ou les coups, elles signifient également des droits dénigrés, des opportunités limitées et des voix réduites au silence.
L’impact humain et économique des violences faites aux femmes est considérable.
Selon l’OMS, elles compromettent l’atteinte des objectifs mondiaux d’éradication de la pauvreté.
En Guinée, nous vivons la négation des droits des femmes et le dénigrement de leur place dans la société qui sont les causes sous-jacentes des violences contre les femmes. Il est indispensable de faire progresser les normes sociales liées au genre, de promouvoir l’égalité et le respect entre les hommes et les femmes.
Les violences faites aux femmes peuvent être exercées dans tous les domaines de la vie : travail, couple, famille, école, rue, milieu hospitalier, transports. Elles prennent la forme de violences physiques, psychologiques, économiques, administratives, verbales, et peuvent être exercées ponctuellement ou sur des périodes très longues.
Quelques types des violences faites aux femmes
Violence conjugale
Mariage forcé
Mutilations sexuelles féminines
Viol et autres violences sexuelles
Violences au travail
Prostitution et traite à des fins d’exploitation sexuelle
Exploitation et trafic humain
La Guinée a adhéré, adopté et ratifié la quasi-totalité des textes internationaux protégeant les droits fondamentaux des femmes. La Constitution consacre l’égalité entre les sexes ainsi que la non-violence. Nous observons un déferlement d’atrocités au quotidien que dénonce le calvaire des femmes guinéennes «battues, niées, tuées, violées, mutilées, harcelées…» par les hommes à travers les medias et les ONG féminines (COFEL,CONAG-DCF,F2DHG,AGUIAS, CJFL, PFFG…) et l’OPROGEM (Office de protections du genre de l’enfance et des mœurs), aucune semaine ne passe sans que nous ne constations des cas de viols sur mineurs par des jeunes et adultes certains succombent comme le dernier cas à Mamou, une fille fut violée par des jeunes après une sortie en boite de nuit. Certaines femmes sont battues violemment par leurs époux, amants ou copains. Tandis que la femme représente le symbole de la paix et de l’équilibre de notre société. Combien de familles tiennent aujourd’hui à cause des femmes ?
En plus nous avons des questions qui nous interpellent tous, on en citera quelques-unes :
- Il y a une tendance très lourde dans la société guinéenne à faire des médiations et à privilégier des mécanismes de réconciliation et de gestion des conflits au sein des ménages. Il ne s’agit pas d’une volonté délibérée d’étouffer ces violences contre les femmes ?
- Beaucoup de guinéennes vivent dans «une prison discrète, voire invisible, faite de harcèlements, d’étouffements et d’inquiétude». C’est comme si cette violence quotidienne était sournoisement admise par notre culture ?
- Certains en abusent croyant qu’il s’agit d’un droit que la société et la religion leur a donné. Et ils pensent que les hommes peuvent épouser autant (de femmes) qu’ils veulent et qu’ils peuvent les répudier et les violenter à leur guise n’est-ce pas ?
Cependant, nous devrions condamner avec la dernière énergie les violences faites aux femmes et aux filles et exiger des sanctions exemplaires et fortement dissuasives avec des propositions suivantes :
– inviter les pouvoirs publics à agir pendant qu’il est encore temps et à punir sévèrement les coupables ;
– exiger le renforcement des sanctions au niveau des institutions judiciaires ;
– demander à l’Etat de faire de l’auto saisine du (de la) Procureur(e) un droit justiciable dès que ce (cette) dernier(e) est informé(e) officiellement par la victime, ses proches, les services de police ou de gendarmerie ou les organisations de femmes ;
– exhorter le gouvernement à instaurer la gratuité du certificat médical aux femmes et filles victimes de violences et à faciliter l’accès aux fonds d’assistance juridique et judiciaire ;
– exiger la pénalisation de la délivrance du certificat médical de complaisance face aux violences faites aux femmes et aux filles et la couverture des frais médicaux exigés par les soins ;
– inviter l’Etat à mettre en place un dispositif juridique pour une pénalisation plus forte de la répudiation et un examen plus sérieux des cas d’abandon de domicile conjugal souvent imputés aux femmes (à la lecture du niveau de l’analphabétisme de la population, de l’ignorance de nos textes, il y a lieu de mettre à profit toutes les voies de communication de masses dans nos langues nationales) ;
– demander au gouvernement de mettre en place un fonds d’assistance aux femmes et filles victimes de viol et toutes autres formes de violences ;
– exhorter les femmes à prendre toutes les initiatives adéquates et à mener toutes les activités idoines pour le boycott massif des listes sur lesquelles la parité et ou la parité alternée, n’est pas une réalité tangible ;
– appeler le gouvernement à mener une campagne de sensibilisation adéquate en s’appuyant sur les associations de promotion et de défense des droits des femmes et toutes les OSC (syndicats, etc.).
Dorénavant le droit des femmes et des filles est indéniable pour la quiétude et le développement de notre société, en témoigne l’extrait du discours historique du capitaine Thomas Sankara le 8 mars 1987. « II n’y a point d’homme fier tant qu’il n’y a point de femme à côté de lui.
Tout homme fier, tout homme fort, puise ses énergies auprès d’une femme ; la source intarissable de la virilité, c’est la féminité.
La source intarissable, la clé des victoires se trouvent toujours entre les mains de la femme. C’est auprès de la femme, sœur ou compagne que chacun de nous retrouve le sursaut de l’honneur et de la dignité.
C’est toujours auprès d’une femme que chacun de nous retourne pour chercher et rechercher la consolation, le courage, l’inspiration pour oser repartir au combat, pour recevoir le conseil qui tempérera des témérités, une irresponsabilité présomptueuse.
C’est toujours auprès d’une femme que nous redevenons des hommes, et chaque homme est un enfant pour chaque femme. Celui qui n’aime pas la femme, celui qui ne respecte pas la femme, celui qui n’honore pas la femme, a méprisé sa propre mère. Par conséquent, celui qui méprise la femme méprise et détruit le lieu focal d’où il est issu, c’est-à-dire qu’il se suicide lui-même parce qu’il estime n’avoir pas de raison d’exister, d’être sorti du sein généreux d’une femme »
Le constat en Guinée est très critique selon les statistiques : l’enquête nationale sur les violences basées sur le genre (VBG), effectuée par le gouvernement dont les résultats ont été commentés par certaines ONG, 96 % des guinéennes ont subi des mutilations génitales.
Le pays occupe ainsi le deuxième rang au classement mondial derrière la Somalie. 63 % des unions sont des mariages forcés, 85 % des femmes ont subi des violences conjugales, 77 % des violences en milieu scolaire, 49 % des violences sexuelles…
D’après les structures de prise en charge, l’année 2018 bat des records en matière de viols, maltraitances, harcèlement, séquestrations, coups et blessures…
En conclusion, la solution réside sur l’activisme des organisations de la société civile, sur les leaders politiques et tous les intellectuels pour changer la donne en tenant compte d’une pédagogie du terroir pour ne pas saper l’éveil des mentalités. Vivement 2019 une année sans violence aux femmes et filles de Guinée, la Guinée un pays au féminin ?
Soninké Diané
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