La Commission électorale nationale indépendante (CENI), s’apprête à organiser deux scrutins cruciaux, les législatives et le référendum constitutionnel, le 22 mars prochain en Guinée. Ce double scrutin divise déjà la classe politique guinéenne. D’un côté, le FNDC les rejette d’avance, de l’autre, le parti au pouvoir souhaite aller coûte que coûte aux élections. Dans une interview accordée ce samedi 13 mars au DSP Groupe, le président de la CENI s’est exprimé de long en large sur le processus électoral en cours dans le pays.
Cet entretien a duré plus d’une heure. L’assainissement du fichier électoral est une des conditions préalables brandies par l’opposition pour pourvoir prendre part aux élections. Pour Me Salif Kebé, ceux qui s’expriment sur ce fichier, n’en savent rien. Selon lui, les problèmes liés au fichier électoral sont simples et donc, faciles à corriger. Il affirme avoir posé le problème aux techniciens : « Ils m’ont dit que si nous leur avons dit ça à 20h, avant 22h qu’on aurait fini de stigmatiser toutes les personnes concernées. Dans un premier temps, on a fait reprendre l’ensemble des listes électorales à deux niveaux : les listes d’émargement et les listes électorales définitives. On a remplacé ces listes là sans ces noms », a-t-il dit.
Conséquence, des personnes qui n’auront pas leurs noms sur ces listes, même détentrices de carte d’électeurs, ne pourront pas voter, a indiqué Me Salif Kebé. Pour éviter des problèmes, la CENI a pris des mesures : « Nous sommes allés un peu plus loin en faisant des listes de couleurs qui seront affichées devant les bureaux de vote, qui indiqueraient que les personnes qui ne verront pas leurs noms sur cette liste, ne pourront pas voter cette fois-ci », précise-t-il.
Autre problème soulevé par le patron de la CENI, c’est l’incompétence des commissaires de ladite institution. Selon lui, des personnes douées en la matière ont été retirées de la CENI par des politiques. Des personnes qui d’après lui, interviennent à l’international pour résoudre les problèmes en matière électorale : « Des personnes expertes en matière électorale ont été purement et simplement remplacées qui pratiquaient pour la première fois la CENI. Ça ne nous aide pas », déplore-t-il.
Par ailleurs, il a fait savoir aussi que l’audit du fichier électoral de 2018 a suggéré que chaque personne apporte un document administratif, afin que celui-ci soit collé à son dossier dans la base de données. C’est le cas, dit-il, des deux millions quatre cent trente huit mille personnes problématiques, lesquelles la CEDEAO voudrait d’ailleurs voir extirpées du fichier électoral. Néanmoins, Me Salif Kebé rassure : « Tous les 17 commissaires de la CENI sont convaincus que le fichier est bon. Il y’a des personnes qui en parlent, mais qui n’en savent rien du tout. Ça fait douze ans que nous sommes entrain de bâtir ce fichier », rappelle-t-il.
L’autre dysfonctionnement dénoncé par l’opposition, c’est les cas de doublons concernant les cartes d’électeurs. Me Salif Kebé a indiqué que la CENI voulait sa propre imprimerie. Tout compte fait, il révèle la genèse de ces doublons : « Ça a deux origines : la présence de certaines personnes de façon redondante dans le fichier électoral et les mêmes personnes existent une fois, où des erreurs d’impression qui se produisent où des machines bèguent à plusieurs niveaux », a-t-il fait savoir.
Depuis le dernier recensement, de nombreux cas de décès ont eu lieu, qui, jusqu’à présent, figurent dans le fichier électoral. Selon Me Salif Kebé, des certificats de décès avaient été remis aux familles pour pouvoir saisir la CENI en cas de décès. D’après lui, l’institution n’a pas eu gains de cause. C’est le cas notamment de l’ex Premier ministre guinéen, feu Jean Marie Doré dont la carte d’électeur avait fait le tour de la toile. Le président de la CENI tente tout de même de se défendre : « Le cas de Jean Marie Doré dont la carte a été reproduite, personne ne l’a annoncé. Il est parmi les 12 millions de Guinéens ou plus, ce n’est plus Jean Marie Doré Premier ministre, mais en tant que citoyen. Sa carte a été imprimée parce que personne n’est allé dire qu’il est décédé », a-t-il déclaré.
De nombreux opposants accusent le président de l’institution d’être au service du parti au pouvoir, et donc le locataire du palais Sekhoutoureya. Dans une lettre rendue publique il y’a plusieurs mois, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, respectivement présidents de l’UFDG et de l’UFR ont exigé le départ de Me Salif Kebé de l’institution. Me Salif se défend : « Je ne sers pas un président ou un chef de parti politique. Je reste dubitatif quand même devant telles démarches. Je suis un élu pour sept ans, on demande de me démettre du jour au lendemain pour des fautes que je n’ai pas commises, je laisse ça entre les mains de ceux qui l’ont proposé », a-t-il lâché.
Dimanche prochain, des Guinéens se rendront aux urnes pour renouveler le Parlement et se prononcer en faveur ou non d’une nouvelle constitution. Selon Kebé, la CENI était prête pour organiser les deux scrutins le 1er mars dernier, qui ont été reportés de deux semaines par le président de la République : « Mais, nous sommes dans un État qui est dirigé par un gouvernement à la tête duquel, il y’a un président de la République, qui est le chef de toutes les institutions et qui est garant du bon fonctionnement des institutions de la République », a-t-il rappelé.
Le monde entier étant frappé de plein fouet par la pandémie de coronavirus, la Guinée a enregistré son premier cas confirmé il y’a quelques jours. Des mesures idoines entrent déjà en vigueur en début de semaine pour empêcher la propagation du virus. D’ores-et-déjà, des rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits jusqu’à nouvel ordre. Les prochains scrutins sont-ils menacés ? Le président de la CENI répond : « Dans l’absolu non, à supposer que toutes les mesures sont prises pour ne pas que les quelques cas qui ont été découverts dans notre pays ne produisent d’autres cas qui nous inquiéteraient », espère-t-il.
Ces deux scrutins connaîtront l’absence des poids lourds de l’opposition républicaine, comme l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, le BL de Dr Faya Milimono ou encore l’UFR de Sidya Touré. Ces partis ont décidé de ne pas prendre part aux élections qu’ils estiment déjà gagnées d’avance par le parti au pouvoir. S’ils parvenaient à revenir sur leur décision, Me Salif Kebé a fait savoir que cela revient aux partis concernés et à la Cour constitutionnelle de décider de leur participation : « Maintenant, s’il y’a des discussions, ce n’est pas à notre niveau, c’est aux partis de décider de participer et à la Cour constitutionnelle de dire si c’est possible de recommencer », a-t-il précisé.
Mohamed Lamine Souaré
Pour maguineeinfos.com









