La mort, la galère, le désarroi et des mauvais souvenirs sont entres les traces laissées par l’immigration clandestine. Si certains jeunes bougent, entrent et réussissent en Europe via la mer, d’autres tombent dans la pire des manières de voyager vers leurs pays de rêve. Le constat qui se dégage aujourd’hui est donc indéniable. Ceux qui échouent, pleurent, meurent ou rentrent au pays sont sans doute les plus nombreux. C’est le cas du jeune Thierno Madjou bah, qui a racontéson récit pathétique à maguineeinfos.com. Cet autre jeune guinéen de grands rêves a vite vu son rêve tourner en remords.
Originaire de Pita, de la sous-préfecture de Doghol Touma, plus précisément, Thierno Madjou Bah passe plus d’une année dans une aventure qui n’aboutira malheureusement pas. Du Mali en Algérie en passant par le désert, la détermination et le rêve avaient fini par céder place à la peur et au désespoir. Peureux, affamés comme des vicieux de l’appétit et désespérés, étaient-ils. Avec ses amis, ils ont traversé plusieurs brousses dans une vie très incertaine.
GRANDS RÊVES OU LA SOURDE OREILLE D’UN JEUNE AMBITIEUX
Tout comme les jeunes de ma Guinée, je me suis lancé dans cette aventure insensée, mais avec les rêves pleins la tête, tout obstacle menant à mon rêve devient secondaire. Mais, c’est sans compter les difficultés qui m’attendaient. Un bon matin, je fouille l’armoire de ma mère en espérant tomber sur une somme conséquente, et ce fut le cas. J’ai pris la somme de 2 millions de nos francs, direction le Mali, j’arrive à la gare routière. Puis de là, les problèmes commencent, l’argent ne suffisait pas. Il a fallu que mon frère intervienne mais il avait tout fait pour que je retourne, mais j’étais déterminé. Je voulais à tout prix fuir cette galère qui nous malmène pensant coûte que coûte à l’Europe.
COÎNCÉ SANS BOUGER?
Mais il me fallait un transfert d’argent pour continuer. Du coup, j’ai pris mon ticket reliant la capitale Bamako-Tombouctou, on a fait 2 jours de route. arrivé sur place, on a mangé puis, je suis allé à la rencontre des personnes qui font traverser les gens dans le désert. J’étais avec deux de mes amis puis, ils nous ont entassé dans un pick-up 4×4, on avait acheté à manger sur la route. Des biscuits, du pain et la sardine avec un bidon de 5 litres d’eau. Et là, commença le désarroi. On était plus de 27 personnes, je dis bien 27 personnes mises à l’arrière du pick-up pour s’accrocher. Ils ont mis nos bagages en bas puis, attacher un long filet relié au crochet.
On avait qu’attraper le filet pour ne pas tomber et on avait 3 jours de route à faire. Imaginez le calvaire qui vient de débuter et c’est pas tout. Les chauffeurs qui nous transportaient étaient des touaregs. Ils étaient de mèche avec les coupeurs de route et il y avait plus de 4 barrages. Pour être clair, y avait 4 groupes de touaregs rebelles qui nous coupaient la route et qui avaient installé leurs barrages dans le désert. Et on a bougé vers 17h et on a roulé presque toute la nuit. Imaginez-vous un instant, roulant dans le désert sans savoir si vous arriverez à destination en un seul morceau. Voilà toutes ces angoisses qui me traversaient l’esprit. Mais je priais Allah de toute mes forces.
LONG CHEMIN/ PREMEIRS REMORDS
Vers 1h du matin, le chauffeur nous a laissé nous reposer. Donc, on a allumé du feu pour ne pas mourir de fraîcheur, puis on a mangé, d’autres ont pu dormir. Il fallait rester près du feu jusqu’à l’aube pour reprendre la route. On a encore roulé jusqu’au premier barrage, les rebelles nous ont demandé de descendre et de leurs donner de l’argent. D’autres ont donné, moi j’avais presque plus un rond. Du coup, ils ont fouillé nos affaires. Ils ont pris tout ce qui leurs pourrait être utile. Ils m’ont rien laissé à part 2 pantalons et 2 t-shirts. Ils ont pris le reste de mes affaires. Portables, habits sac… Croyez-moi à ce moment précis, si j’avais la possibilité de me retourner je l’aurais fait. J’étais rongé de remord me demandant ce que je faisais. Mais hélas! j’étais à des milliers de km de chez moi sans argent, sans possibilité d’appeler qui que ce soit. Du coup, j’étais obligé d’assumer et continuer. On arrive au second, puis au 3ème et dernier barrage. Là, c’était à 20 km de la première ville algérienne (Innafra ), c’est le nom du dernier barrage, il fallait marcher les 20 km restants tout en esquivant les gardes frontaliers. Après ces 3 jours de long et pénible voyage, on se repose.
C’était le fief des touaregs rebelles. Je vous cache pas que j’ai vu des voitures brûlées. Nous sommed restés 4 jours et j’étais resté plus de 2 semaines sans passer le moindre coup de fil à mes proches, qui, évidemment étaient inquiets. J’étais bouleversé de leur laisser un tel chagrin.
L’ESPOIR ÉPHÉMÈRE
Les 4 jours passèrent puis, des guides de route venant tout droit de la première ville arrivèrent sur place pour nous faire traverser les 20 km restants. Ce sont nos amis africains qui font passer et évidemment c’était payant. s’ils parvenaient à te faire passer tu devrais appeler ta famille pour le rembourser puis, si tu as les moyens, ils te font passer les villes algériennes. Nous avons pris la route la nuit (20h) on a contourné des barrages toute la nuit jusqu’à l’aube et il nous restait qu’un dernier barrage qu’il fallait traverser en passant à l’intérieur. Donc on attendait que les gardes frontaliers rentrent se coucher pour pouvoir passer. Mais c’est sans compter sur leurs radars hyper sophistiqués, ils nous ont attrapé à 6h du matin. Les commandants nous ont dit qu’ils nous ont repéré à plus de 5 km de là. Du coup, ils nous attendaient. Après ils nous donnèrent de la nourriture puis ils nous ont embarqué au bord d’un camion militaire puis, ils nous ont jeté à 10 km de la frontière. Ils nous ont menacé à coup de matraque, d’autres ont même été frappé et on a essayé de rejoindre notre point de départ. J’étais abattu, j’avais presque les larmes aux yeux, mais j’ai gardé la foi. Deux jours après, le même scénario se répéte, ils nous ont encore chassé, du coup, on a décidé de prendre la route du barrage même cette fois en passant par la grande porte. On s’est mis D’accord de passer 2 à 3 personnes après ils nous ont laissé rentrer. J’étais soulagé je me suis dis en fin je suis en Algérie.
ABOUTISSEMENT DE DEUX SEMAINES DE CALVAIRE
Ce long trajet menant de mon point de départ (chez moi) jusqu’en Algérie m’a pris exactement trois semaines et c’était le début. Une petite précision nous convient de comprendre que quand on rentre en Algérie sans papiers on est sous menace de renvoi chez soi. Donc du coup, fallait à tout prix être caché du moins se protéger par les passeurs. Ils sont d’ailleurs des africains ayant pour la plupart des papiers et des relations. A peine arrivé, je cherchais à contacter ma famille, ils étaient soulagés que j’aille bien puis m’ont demandé ce qu’il me faut. Je leurs ai dit qu’il me fallait de l’argent pour accéder à la capitale. Ils m’ont demandé le montant, je leurs ai dit qu’il me fallait environ 3 millions 200 mille francs guinéens. Mon frère s’est chargé de l’affaire, puis il m’a envoyé. Le passeur qui menait la barque était guinéen donc, il nous avait bien accueilli chez lui, nous a donné à manger. Son rôle était de nous aider à contacter nos familles pour que celles-ci nous envoient de l’argent pour pouvoir passer. J’ai laissé mes amis là-bas vu que leurs parents leurs ont dit de patienter afin de réunir la somme demandée. Une semaine plus tard, j’étais prêt pour mon prochain sort. A la veille, j’avais acheté des denrées pour la route et un gros pull pour l’hiver qui m’attendait. La première ville c’est « Bordj el mokhta ».
On a bougé vers 16h, là c’était les chauffeurs mafieux algériens qui devraient nous faire traverser ces villes tout en esquivant les barrages. Ils sont sans pitié. Ils nous ont entassé plus de 14 personnes dans un pick-up. C’est pour vous dire à quel point ce voyage était un enfer. J’ai failli avoir une jambe cassée. On était embourbés comme des allumettes et pour la prochaine ville, fallait rouler toute la nuit et à 5h du matin ils nous ont laissé à 10 km de la seconde ville appelée Reaggènne.
DE VÉHICULE A PIEDS/L’AUTRE CALVAIRE
On a dû marché le reste à pieds et le tous livrés à nos sorts. A peine rentré dans la ville, on voyait des policiers patrouiller. On a dû se cacher un long moment et le passeur nous a appelé pour demander notre position et après il nous a indiqué comment faire puis on a pris un taxi mafieux pour se rendre à la gare. On a coupé nos billets et le bus était chargé de nous déposer à la 2ème ville qui était à 173 km de notre position. arrivé sur place, on a appelé le représentant de notre passeur qui était sur place, il nous a accueilli chez lui puis le passeur nous a demandé de nous reposer puis le lendemain, il a envoyé le transport de la prochaine ville. Il faut savoir que j’étais à plus de 3000 km de la capitale. C’est pour vous dire les difficultés qui m’attendaient et à chaque fois j’étais à deux doigts de me faire refouler. J’ai eu beaucoup de chance.
L’ESPOIR DANS LA TERREUR
Deux semaines plus tard j’étais dans la 2ème capitale (Oran). Historiquement, cette ville regorge pleines d’histoires. C’est la ville où étaient installés les colons français. Je suis arrivé là-bas la veille des élections algériennes du 12 décembre 2019 et y’avait des manifestations partout. Donc l’armée n’avait pas de temps pour nous. Là, j’ai profité quelques jours plus tard, j’étais à Alger dans une commune appelée Bejaia (oued ghir ). C’est une ville kabyle, je me suis retrouvé dans un chantier de construction mais de base, j’étais pas sensé aller vers là-bas, puisque moi je voulais à tout prix poursuivre vers le voyage vers le Maroc. Mais le passeur a fait comprendre à ma famille que ça rentrait pas les fins d’année et aussi financièrement mon frère n’etait pas au point pour m’aider à aller là-bas. Il me fallait 200 euros, voire 250. Les prix varient selon les passeurs, donc il a fallu que je pose mes valises et patiente, le temps que mon frère prépare le prix de ma traversée. Et un jour, j’en avais marre d’attendre, j’ai décidé d’aller tenter ma chance pour rentrer au Maroc, puisque j’avais un peu économisé durant 10 mois. J’ai trouvé des frères africains passeurs, ils m’ont accueilli en me demandant où je voulais aller. Ils m’ont parlé de leurs prix et on était d’accord. C’était en novembre 2020.
Là-bas, j’ai passé deux mois dans une brousse en essayant de rentrer à 10km du Maroc et à chaque fois c’était sans succès. Dans cette brousse, j’avais marché plus de 2 jours, c’était un calvaire indescriptible. Dans ça, les gendarmes marocains nous ont repéré et on a pris la fuite en se dispersant, puisqu’on était très nombreux. N’ayant pas réussi à s’en fuire, nous avons été frappés, malmenés. Personnellement, ils m’ont frappé par un fer à béton.
UN CALVAIRE MENANT A UNE SOLUTION
Ainsi, ils nous ont livré autorités algériennes et celles-ci ci nous ont débarqué au Niger. Quelques tempes, je me suis rendu à l’OIM. Ils n’étaient pas prêts à renvoyer les gens chez eux. J’ai appelé mon frère pour qu’il m’envoie de l’argent afin que je puisse rentrer. Et deux semaines plus tard (le 05 janvier 2021) , je suis rentré chez moi, j’ai pas eu l’occasion d’aller plus loin mais croyez-moi, que cette route est loin d’être paradisiaque. Elle est semée d’embûches et franchement, je le souhaite à personne. Cette route m’a fait prendre conscience, le mal que j’ai causé à ma mère, à ma famille, à mes proches, maintenant je vois la vie sur un autre angle. J’ai repris mes études et j’espère emprunter la voie légale InchaAllah.
Dossier réalisé par Siradio Kaalan Diallo pour maguineeinfos.com









