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Loyer à Conakry: métier du démarcheur, marchandise du propriétaire, silence de l’État et larmes du locataire

A Conakry, dans la capitale guinéenne, la location de maison est devenue de nos jours, une véritable activité commerciale pour les concessionnaires. Aussi, un métier de premier rang pour les démarcheurs. Conséquences, les prix de loyer grimpent à la vitesse de l’éclair et les courtiers saisissent l’occasion pour tirer un maximum de profits. Tout ceci se passe sous l’œil « complice » de l’État. En fin de compte, les pauvres citoyens pleurnichent au quotidien.

Un sujet qui a piqué la curiosité de nos journalistes, qui ont mis à nu cette triste réalité. Pour en savoir davantage, un reporter de maguineeinfos.com, a promené son micro auprès des acteurs concernés par le sujet. Quand les locataires se lamentent de la cherté du loyer, les concessionnaires se dédouanent, pendant que les démarcheurs cherchent les coupables. De l’autre côté, nous notons un silence coupable des autorités, qui n’en trouvent moindre effort pour réglementer ce secteur.

« Je suis concessionnaire à Tombolia plateau, il ya au moins 3 à 4 ans je suis avec les mêmes locataires chez moi. Mais je n’ai pas eu l’idée d’augmenter le prix de la location d’abord. Parce qu’ ici, une chambre simple est à 100.000GNF et chambre salon à 150.000GNF. Je fais cela parce que non seulement je me débrouille sur d’autres activités et je ne compte pas sur la location pour subvenir à tous mes besoins. Mais j’ai appris que chez certains de mes amis concessionnaires, les prix ont rapidement augmenté. Chez eux, chambre salon est 350.000GNF et chambre-salon-douche à 500.000GNF, parce que non seulement les prix des denrées ont augmenté, la scolarisation des enfants se reposent sur ce loyer et l’entretien de la maison aussi. Moi je dis tout simplement que cette augmentation de la location est dûe à la cherté de la vie actuelle et au chômage. En tout cas, moi je ne trouve aucun mal dans la règlementation de ce secteur », nous dit Ibrahim kalil Camara, concessionnaire.

Dans cette fameuse affaire, les démarcheurs se lavent plus blancs. Ils estiment que les problèmes se trouvent ailleurs. Ils indexent même les propriétaires de maisons, qui sont, selon eux, le principal problème dans le dossier.

« Moi je suis démarcheur il y a de cela 15 ans, Mais je vous assure, il y a de ces concessionnaires qui ont désormais pris leurs maisons comme de la marchandise, puisqu’il n’y a aucune loi sur le sujet, ils font ce qu’ils veulent. Mais souvent on a beaucoup de difficultés dans nos démarches, surtout c’est quand le concessionnaire liste les critères pour les locataires et parfois ils demandent plusieurs mois d’avance à payer. Donc ceci rend un peu les choses compliquées. Aujourd’hui il est très difficile de trouver la location, parce que personne ne veut quitter là où il loge et même si le propriétaire augmente le prix, les gens préfèrent rester. Ensuite, ça dépend de la localisation de la ville vers la banlieue. L’autre problème, c’est la cherté de la location, donc c’est tout ceci qui pose problème », dénonce Moussa Barry, démarcheur

Pendant que concessionnaires et démarcheurs se rejettent la responsabilité, les locataires restent les principales victimes. En longueur de journée, nombreux sont ceux qui sont menacés d’expulsion.

« Je suis vraiment inquiète. Au moment où je vous parle, je suis mère de 2 garçons et d’une fille. Et je dois quitter la maison ce mois là. Je me demande comment trouver une maison dans un bref délai. En plus, dès que je change de lieu, l’étude de mes enfants peut être compliquée. Le concessionnaire d’ici est un diaspora et le seul prétexte qu’il trouve à nous dire, c’est qu’il veut renouveler sa maison. Je vous dis que nos concessionnaires ici n’ont pas de pitié. Je lance un appel à l’État de finir cette pagaille et essayer de mettre de l’ordre dans le loyer aussi », exhorte Mariame Bella Sow.

Comme tout autre secteur, le loyer est aussi dans un besoin urgent d’être réglementé. Une chose qui se fera entre le pouvoir législatif et celui exécutif. C’est pourquoi notre rédaction a tendu son micro à un député qui a, pour la première fois, émis une idée sur la réglementation du loyer en Guinée. A notre micro, l’Honorable Habib Baldé ne cache pas sa déception sur le retard de cette proposition de loi.

Honorable Habib Baldé

« Pendant la 8ème législature nous avons pris des initiatives de propositions de lois portant sur le loyer. C’est la loi sur le bail à usage d’habitation. J’étais avec honorable Mouctar Diallo et honorable Aly Nabé. Nous avons porté ce projet à deux reprises. Chose qui n’a pas pu aboutir parce que plusieurs raisons ont été évoquées, vue l’impact que le projet regorge. Ils ont jugé utile que des études plus approfondies soient menées avec l’exécutif. Quand je tire les leçons, je dirais que c’est une déception, parce que je me disais que l’essentiel devait être tourné vers la création des conditions de vie de nos concitoyens. Je pense que cette proposition de loi devait être la bienvenue pour apporter une contribution au changement dans ce secteur. Car, le secteur de loyer est aujourd’hui un secteur non réglementé. L’initiative est revenue avec la nouvelle équipe parlementaire avec des députés qui m’ont déjà contacté pour ce sujet », a déploré le président de la commission affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Malgré les deux tentatives échouées, l’initiateur de la proposition n’entend pas baisser les bras. Il compte obtenir gain de cause afin de répondre aux besoins des populations qui ont soif de voir ce secteur réglementé.

« Alors nous sommes en train de voir dans quelle mesure nous allons réactualiser cette proposition de loi, afin qu’elle puisse être adoptée. Il faut savoir que c’est un projet d’actualité. Aujourd’hui nous vivons tous les mêmes réalités. On a des sérieux problèmes, puisqu’il n’y’a pas une réglementation à ce niveau. Il y a les bailleurs qui se plaignent d’un côté, il y’a les locataires qui se plaignent de l’autre côté. Donc il faut que les gens comprennent qu’au fond de cette proposition de loi, chacun a son compte. Donc nous allons nous battre avec cette 9ème législature pour que l’introduction de cette proposition de loi soit faite avant les vacances parlementaires. Ainsi, le travail au niveau de l’exécutif sera entamé. Le ministère de tutelle est déjà au courant. On a échangé avec beaucoup de cadres là-bas autour de ce sujet », rassure l’élu du peuple au micro de maguineeinfos.com.

En attendant qu’une solution ne soit trouvée, les pauvres citoyens gardent leur faim en sac et font face aux difficultés quotidiennes auxquelles ils sont déjà habitués.

De l’autre côté, la casse continue avec le ministre de la ville et de l’aménagement du territoire, qui jure de dégager toutes les emprises encombrantes et toutes maisons qui sont dans les zones réservées. Une situation qui complique davantage la situation du loyer, dans la capitale guinéenne.

Dossier réalisé par Siradio Kaalan Diallo et Fatimatou Baldé pour maguineeinfos.com

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