Ces dernières années, les mosquées poussent comme des champignons en Guinée, surtout en zone rurale. Cette situation nouvelle ne passe pas inaperçue chez les autorités religieuses du pays. Le phénomène qui prend de l’ampleur à travers tout le pays, interpelle l’inspecteur de la ligue islamique régionale de Labé. Pour Elhadj Mamadou Badrou Bah, l’Islam est une religion qui aime ce qui est le plus utile. C’est pourquoi poursuit-il, il est dit dans la religion musulmane, que toute personne qui construit une mosquée, Dieu lui construira une maison au paradis.

C’est de cette citation donc, que les gens se servent pour construire partout, de mosquées même si le besoin ne se manifeste pas, affirme l’imam. Mais, construire une mosquée qui pourrait générer de la haine entre les fidèles ou occasionner l’abandon d’autres mosquées, est proscrit par la religion, affirme Elhadj Badrou.

«Dieu a maudit toute personne qui empêche les fidèles à se rendre à la mosquée. Une personne sort de nulle part pour dire qu’elle va construire une mosquée dans une localité donnée, à côté d’une autre, où y’en a une mosquée, dont la distance comprise entre ces deux localités ne nécessite pas la construction d’une mosquée, alors que les habitants de ces deux localités pouvaient s’associer pour prier ensemble dans une seule mosquée. Aujourd’hui, toute personne qui gagne de l’argent se précipite pour construire une mosquée, surtout dans les villages, comme elle a appris que tout homme qui construit une mosquée, en aura l’équivalent d’une maison au paradis. Ils viennent planter partout sans chercher à savoir si cela est utile à la population. Dans certains endroits, ils trouvent des mosquées construites par nos ancêtres, ils disent coûte que coûte, c’est à côté de ces mosquées qu’ils vont construire une autre, pour effacer les mœurs et coutumes de nos parents. Alors qu’il n’y a même pas 20 mètres qui séparent les deux mosquées. En ville, c’est possible que les mosquées se rapprochent puisque y’a assez de monde. Mais en zone rurale, c’est pas possible que chaque village ait une mosquée puisque nous savons tous, qu’il n’y a pas suffisamment de personnes qui vont y prier. Même remplir une seule rangée est impossible. Tout le monde a migré vers les villes. Cette situation nous inquiète à plus d’un titre», fait savoir cet homme de Dieu.

Ce phénomène s’est beaucoup répandu dans le pays, surtout au Foutah, où partout, les gens viennent construire des mosquées sans demander d’autorisation. A titre d’exemple, notre interlocuteur cite la préfecture de Tougué, où la construction d’une mosquée a opposé les habitants de cette préfecture.

«A Gabalan dans Kansagui, les notables de cette localité se sont mis d’accord pour la rénovation de leur ancienne mosquée, à Koïn Missidé. Surtout que, cette mosquée est très âgée, elle pourrait être construite à la même période que beaucoup de mosquées à Labé. Ils ont dit que toute personne qui souhaite les aider, n’a qu’à les aider à reconstruire cette ancienne mosquée. Un autre groupe de personnes a dit niet, il faut qu’une nouvelle mosquée soit construite, mais la majorité était pour la rénovation de l’ancienne mosquée», a-t-il expliqué.

A en croire l’inspecteur de la ligue islamique régionale de Labé, le secrétariat général des affaires religieuses a fixé les règles qui définissent les conditions qui permettent de construire une mosquée.
A cet effet, poursuit-il, ce même secrétariat, avait constitué une commission chargée d’évaluer tous les dysfonctionnements liés à la religion musulmane, dans tout le pays nous a-t-il informé.

Mais il dit tout de même regretter que ces règles soient piétinées au vu et au su de ceux qui sont chargés de les appliquer.

«Les gens se rendent au secrétariat des affaires religieuses, pour venir nous brandir des papiers. Ou bien, d’autres construisent même sans autorisation préalable. Nous, nous ne sommes pas influents. Ce que nous pouvons faire, c’est d’alerter le secrétariat général des affaires religieuses, quand nous constatons des pratiques qui pourraient nuire la religion ou occasionner la déchirure du tissu social. Les lois qui réglementent la religion ne sont pas appliquées à la lettre, il ne faut pas qu’on se cache la vérité», regrette cet imam à la grande mosquée de Labé.

Aujourd’hui ce ne sont pas des mosquées seulement dont les communautés ont besoin, affirme notre interlocuteur. Ils ont plutôt besoin «d’hôpitaux où les gens pourraient se faire soigner, d’écoles coraniques, où ils vont apprendre à lire le coran, des ponts et des routes…, que de construire des mosquées où ce sont les araignées qui vont y loger. En ce moment, celui qui construit un foyer islamique où les gens pourraient apprendre le coran, a beaucoup plus de récompense chez Dieu, que celui qui construit une mosquée, c’est sans doute», enseigne l’imam.

Elhadj Badrou Bah appelle les fidèles à orienter leur fortune vers ce qui pourrait être utile à la communauté, tout en respectant la loi. Car refuser de le faire, c’est de se détourner des principes de l’islam, soutient t-il.

Mamadou Aliou Diallo