C’est une première sortie médiatique pleine d’émotions que dame Kadiatou CAMARA a accordé au quotidien maguineeinfos.com. Rencontrée ce mercredi 19 Mai par notre correspondant basé à Kindia, l’épouse de l’ancien président de la délégation spéciale, actuellement détenu à la maison centrale de Corenthin, évoque son dur quotidien depuis l’arrestation de son mari. Les jours se suivent et se ressemblent pour cette mère au foyer qui cherche à surmonter la nostalgie de son mari, mais surtout à assurer l’éducation de ses enfants.
C’est une jeune dame visiblement forte mais pleine de souffrance que nous avons rencontrée à son domicile. Une grande cour où se succédaient autrefois sympathisants, parents et militants de la fédération UFDG-Kindia. D’entrée de jeu, Mme BAH Kadiatou CAMARA dit vivre mal l’incarcération de son époux. Une situation pénible et difficile, qualifie t-elle. « Ça fait exactement six mois depuis que mon mari est détenu. En tant qu’épouse, mère et en tant que femme, c’est une situation qui est très pénible et difficile à vivre par ce que mon mari c’est une moitié de moi. Il est responsable de la maison, c’est lui qui apporte le pain à la maison. Donc vivre sans lui durant six mois, c’est assez difficile. J’ai des enfants, une petite fille de 6 ans, un petit garçon de 3 ans et un bébé de 6 mois qui ne connait pratiquement pas son père. Rien que cela, tous les jours je vis cette douleur de me rendre compte que mon mari est arrêté injustement et privé de sa famille durant six longs mois ».
Sur l’état d’esprit de son époux, dame Kadiatou CAMARA rassure. D’ailleurs, elle lui a plusieurs fois rendu visite lors de ses séjours à Conakry. Des séjours, qui retracent également le quotidien difficile de la jeune dame. « Nous habitons à Kaporo. Pendant tout mon séjour à Conakry, je me débrouille comme je peux en lui apportant à manger la plupart du temps. Par ce que c’est un vrai casse-tête, une vraie épreuve pour moi. Je prends moto-taxi de Kaporo à la maison centrale de Coronthin et ça me coûte 50 mille francs guinéens aller-retour. Avec les plats, mon bébé, vous imaginez le risque ? Mais pour que je sois à l’heure et que mon mari puisse recevoir son repas, je suis obligée de prendre tous ces risques », témoigne Mme BAH.
À la question de savoir si elle n’a pas un ressenti d’abandon de la part des responsables de l’UFDG à laquelle appartient son époux, Kadiatou CAMARA répond NON. « L’UFDG c’est un parti politique mais l’UFDG c’est surtout une famille. Nous avons reçu ici à notre domicile El hadj Cellou Dalein DIALLO, son épouse Hadja Halimatou et de grands cadres du parti qui nous ont montré qu’ils partagent cette difficulté avec nous moralement, physiquement et financièrement », martèle t-elle.
Selon notre interlocutrice, le plus dur dans tout ça reste les demandes incessantes des enfants quant à la destination de leur papa. « Je suis obligée de leur cacher la vérité. Mon mari tient énormément à ses enfants. Ceux-ci sont habitués à lui plus qu’à moi. Ma fille de 6 ans s’assoit parfois pour me dire que son Papa lui manque. Elle sait que son père est en prison mais ne mesure pas la teneur. Malgré tout, elle prie Dieu pour que son père soit libre. Les autres enfants, je leur dis tout simplement que leur Papa est à Conakry », raconte dame Kadiatou CAMARA avec une voix marquée d’émotion.
L’évolution de la procédure judiciaire rendue récemment publique par le gouvernement, est jugée tardive par dame Kadiatou. D’ailleurs selon elle, son mari et les autres détenus politiques doivent être tout simplement relâchés car, il n’y a aucun délit commis. Des excuses devraient également être présentées à leurs familles pour tout le calvaire qu’elles sont en train de vivre.
À son mari, la jeune dame lance « Je lui dis de continuer à tenir bon car, tout finit par finir. Un jour, il va sortir et je suis certaine qu’il sortira la tête haute car Dieu, lui n’est pas injuste »,conclut-elle.
À Rappeler que l’ancien président de la délégation spéciale de Kindia Abdoulaye BAH comme beaucoup de ses codétenus, a été arrêté au lendemain de l’élection présidentielle référendaires d’octobre dernier. Ils sont entre autres accusés de participation aux troubles qui ont émaillé cette élection.
Aboubacar Wayé Touré depuis Kindia pour maguineeinfos.com
