Dans la capitale guinéenne, c’est un constat alarmant et incroyable que vient de faire notre rédaction. A Conakry, des immeubles poussent comme des champignons, généralement construits par des particuliers qui en ont bien les moyens. A côté, d’autres mettent le paquet pour s’octroyer plusieurs hectares de terres, qu’ils mettent même réserve.
Pire, des cas de déguerpissement sont récemment engagés par l’Etat pour libérer certains espaces, qualifiés de domaines étatiques. Après ce dégagement, l’Etat annonce des constructions d’édifices publics, dont certains permettront à abriter quelques institutions nationales.
Malheureusement, un besoin universel, présent et urgent reste ignoré au vu et su de ceux peuvent solutionner. Il s’agit du manque criard de cimetières dans la Capitale. Selon notre constat sur le terrain, il existe des quartiers qui n’en ont pas de cimetière. Et ceux qui en ont, ce sont des cimetières déjà pleins qu’on trouve. Pour ces quartiers, il faut remblayer à chaque fois pour regagner un peu d’espace superficiel qui permettra de trouver quelques tombes.
Face à cette situation, citoyens et leaders religieux restent inquiets sous un œil impuissant. C’est le cas d’un Muezzin au quartier Enta Marché.
« Nous sommes confrontés à d’énormes difficultés, d’abord il faut arranger la porte car y’a les chiens qui pénètrent l’intérieur du cimetière, y’a plus de place. Tout le secteur environnant enterre les corps ici. On a besoin des personnes de bonne volonté afin d’avoir du sable pour remblayer ici. C’est un lieu roche. Quand une personne meurt, difficilement on trouve un lieu où creuser pour sa tombe », se plaint le Muezzin et Administrateur du cimetière d’Enta marché.
Même son de cloche d’un citoyen rencontré dans la même zone. Ce dernier fait le même constat que le Muezzin et formule une demande, avant de dénoncer une mauvaise organisation.
« Il y a un manque d’organisation dans le cimetière, c’est difficile de mettre pieds à l’intérieur, souvent on risque de tomber dans les tombes. J’ai participé à creuser des tombes où on a pas bien fait la tombe d’une défunte tellement il y avait des roches, des fois on déterre une ancienne tombe afin de pouvoir enterrer un nouveau corps. Je demande aux autorités de nous aider à bien arranger notre cimetière et d’avoir une bonne organisation à l’intérieur, car un corps doit être inhumé en paix », lance Souleymane Djikiné.
Pire, d’autres quartiers n’en connaissent pas de cimetière. Pour inhumer leurs morts, les citoyens de certaines zones marchent à des kilomètres pour d’autres quartiers. Au quartier Aviation, dans la Commune de Matoto, ils vont jusqu’à Koloma ou à Yimbaya pour trouver un cimetière. Des cimetières parfois conditionnés par un payement d’argent.
« Vous savez ici, le problème de cimetière s’explique par le manque d’espace et cela ne date pas d’aujourd’hui. Depuis le temps de Sékou Toure, quand le lotissement a été fait, ils ont ignoré les domaines pour les espaces publics tels que la maison des Jeunes, le terrain de Football, la mosquée et le cimetière. Même la maison des Jeunes qui se trouve ici a été donnée par les sages du quartier, donc dès après le lotissement, les gens ont commencé à s’installer pèle mêle. A l’époque il y’avait un sage qu’on appelait Karamoko Thierno, c’est lui qui dirigeait la zone d’ici. Quand on prend l’exemple sur le cimetière de Koloma, lorsque que le bitumage avait commencé, eux, ils ont jugé nécessaire de laisser un grand espace pour un cimetière. Mais malheureusement dans notre quartier ce manque d’infrastructures nous cause beaucoup de peines. Parce que pour enterrer un corps, il faut aller jusqu’à Koloma ou à Yimbaya « Bas-fond » et même ça il a fallu qu’on verse une caution pour pouvoir enterrer nos cadavres. Quand vous vous rendez là-bas aujourd’hui vous ne saurez retenir vos larmes, tout est plein. Alors aujourd’hui c’est pratiquement impossible de trouver un domaine pour un cimetière ici, parce que tout a été acheté, pour le moment il n’y’a pas de solution à notre niveau. En plus jamais tu n’auras quelqu’un qui se portera volontaire pour donner un terrain libre, et on ne peut obliger un citoyen de le faire. Donc en tant que chef secteur je lance un appel à l’Etat de nous venir en aide pour pouvoir corriger cette erreur faite par les anciens », exhorte Alseny Diallo, Chef secteur de Tanènè Marché.
Moussa Bérété, un citoyen du quartier met la responsabilité sur le dos de l’Etat. Il dénonce une complicité des responsables des quartiers.
« Je crois que ce problème ne saute pas les yeux de l’Etat. Partout où vous allez aujourd’hui à Conakry il ya ce même problème. Par exemple dans notre secteur, il n’y a aucun centre d’intérêt pour les gens qui y vivent, pas de maison des Jeunes, pas de terrain de Football, encore moins de cimetière. Ici quand on a un cadavre, il te faut l’envoyer jusqu’à Koloma I pour l’enterrer. Imaginez encore le pire, un cimetière qui regroupe plus de 2 ou 3 quartiers en son sein, c’est vraiment inhumain vis à vis du Gouvernement. Il n’ y a plus d’espace libre pour ça, tout a été vendu . Mais moi je n’accuse personne si ce n’est pas les autorités, notamment les différents chefs de quartiers en complicité avec la Mairie, visiblement ils ont absolument tout vendu », déplore ce citoyen.
Il importe de souligner que notre rédaction a interrogé le Maire de la Commune de Matoto sur le sujet. Mais ce dernier s’est contenté de nous renvoyer au Gouvernorat de Conakry qui a selon lui, un service qui gère cette question de cimetière.
Cependant, toutes nos tentatives d’avoir la version de ce service, sont restées vaines.
En attendant qu’une solution ne soit trouvée, les citoyens de Conakry prennent ce mal en patience et enterrent leurs morts dans un entassement, avec une superposition indescriptible des corps.
Siradio Kaalan Diallo pour maguineeinfos.com








