«Militants et sympathisants,
Chers compatriotes,

Mon intervention va consister à exhumer des souvenirs particulièrement douloureux pour notre mémoire collective. Bien avant, je dois vous faire un aveu : il ne m’a pas été facile de préparer l’exercice d’aujourd’hui. Pas que je sois d’ordinaire porteuse de nouvelles enthousiasmantes ou réjouissantes. Vous le savez fort bien, le domaine qui m’est assigné est celui de la violation des droits de l’homme. Mais il s’agit de convoquer l’indicible, l’abominable, l’horreur, l’odieux.

Je vous amène à Zogota explorer ensemble le contenu du rapport élaboré par trois ONG Guinéennes, Pacem in Terris, Avocat sans Frontières Guinée et Mêmes droits pour tous, sur le massacre nocturne qui s’y est produit en août 2012.
Le village de Zoghota, d’une population de 3.800 habitants est situé à 65 km de la ville de N’Zérékoré et à 14 km du chef-lieu de la Commune Rurale (CR) de Kobéla. Zoghota est fondé en 1881. Il est souvent qualifié de village mystique. D’où le nom « zogho ta » qui signifie « chez le prêtre traditionnel ». Il est ceinturé par le mont « yono » qui ne lui laisse qu’une seule sortie. C’est ce mont qui fait l’objet du projet d’exploitation minière de la société VALE.
Les témoignages et propos recueillis par les trois ONG:
Les villageois ont témoigné que les contingents sont entrés vers minuit. Qu’ils se sont butés au bois qui barrait l’entrée du village. C’est pendant la coupe de ce barrage par les assaillants que les villageois se sont réveillés et, se sentant attaqués, ont commencé à se regrouper. Le chef du village, Nyankoye KOLIE, dirigeait et encourageait les autres à résister et à défendre le village. C’est dans ce contexte qu’il a reçu dans le visage une grenade de gaz lacrymogène à laquelle il a succombé.
Les villageois regrettent que la mission ministérielle venue de Conakry se soit limitée à la visite de la cité de la société VALE, sans se soucier de les rencontrer et de les écouter.
Ils témoignent avoir entendu de la part des assaillants différents propos en Kpèlè, Toma, Susu, Malinké comme : « vous vous dites d’un village mystique, des génies invulnérables » ; « nous allons vous montrer qui nous sommes ».
Les villageois disent avoir dénombré une douzaine de véhicules pleins de corps habillés.
II-Analyse et interprétation des missionnaires et du Coordinateur régional de MDT: Suite aux constats faits et témoignages susmentionnés, nous, organisations de défense des droits de l’homme, nous nous posons plusieurs questions :
Quelles sont les motivations réelles d’une telle intervention ?
Qui est le véritable ordonnateur de ces massacres : les autorités locales déconcentrées, la délégation ministérielle présente à N’Zérékoré la nuit des massacres ou le pouvoir central ?
Pourquoi attendre minuit pour s’attaquer aux paisibles populations endormies ?
Les dégâts causés lors de la grève du mardi, 31 juillet 2012 peuvent-ils justifier de telles tueries ?
Pourquoi aucune mission administrative n’a été sur les lieux pour constater les faits au lendemain des massacres ?
Pourquoi la délégation ministérielle, largement avertie de ces massacres, n’a eu le moindre souci de se rendre à Zoghota pour constater les faits avant de retourner à Conakry ? Y a-t-il plus de souci à se faire pour le matériel d’une société que pour la vie des citoyens guinéens ?.
En effet, c’est la première fois dans l’histoire de la Guinée que ces Forces de Défense et de Sécurité lourdement armées et à bord de 12 véhicules remplis font irruption dans un petit village endormi, tirent sur les maisons d’habitation….