Installée en Février 2019, l’équipe du Conseil communal de Matoto e divise et les fissures prennent une tournure de va-t-en-guerre. Depuis plusieurs semaines maintenant, une partie des conseillers accusent le Mairie de gestion opaque et unilatérale des choses. En plus de cela, il est accusé de refuser de justifier plusieurs montants qui sont tombés dans la caisse de la Mairie. Dans un entretien accordé à maguineeinfos.com, l’un des Adjoints du Maire, affirme que les recettes recouvrées à travers les marchés ne sont pas justifiées par leur chef. Il révèle par ailleurs qu’une subvention de deux milliards cinq cent millions de francs guinéens (2.500.000.000 GNF) a été allouée à la commune, mais notre interlocuteur souligne qu’il n’a été informé de ce montant qu’une année après. Et jusque-là, beaucoup se demandent qu’elle a été la destination de ce fonds. Pourtant, le Maire et ses proches se lavent plus blancs dans cette accusation. Ils soutiennent que la gestion du Bureau exécutif reste transparente.

Dans l’optique de recouper cette actualité, notre rédaction est allée à la rencontre des personnes incriminées. Banalisant le sujet qu’il qualifie de conflit d’ego, Mamadouba Tos Camara n’a pas souhaité commenter le sujet. Hors micro, le Maire dit n’avoir aucune inquiétude face à ce sujet qui lui paraît inutile à débattre. Néanmoins, il a orienté la question à l’un des conseillers pour nous en dire plus. Convaincu de la gestion saine et rationnelle de l’équipe dirigeante de la Mairie, le Conseiller, également Président de la Commission de passation des marchés a botté en touche les informations données par le camp adverse. Mais de son côté, le 4ème Vice-maire crie à tue-tête sur ce qu’il qualifie de manque de transparence dans la gestion. Au micro de maguineeinfos.com, Mohamed Secré Camara affirme que Mamadouba Tos est le seul qui connaît ce qui se passe dans la Mairie, surtout sur les questions financières.

« Nous avons été installés ici, le 22 février 2019. Quand nous avons été installés, on a fait le constat à travers les communes, on a ciblé ce qui fallait faire dans l’urgence. Quand vous prenez Lansanaya Plateau, un tel grand quartier, n’a pas de centre de santé. Or, il y a un domaine réservé pour cela, mais rien n’est fait. On s’est dit de faire un centre de santé. Ensuite, au niveau de GBessia Port, le quartier qu’on appelle Faban, un grand quartier, il n’ya pas d’écoles publiques, les enfants quittent là-bas pour aller jusqu’à chez Aicha Bah. Nous sommes allés sur le terrain, on s’est dit qu’il faut faire quelque chose ici. A Dabondi, il n’y a pas d’eau. Mais pour faire tout cela, il faut des moyens, surtout des moyens financiers. En ce moment la gestion des marchés de la Commune était dans les mains de Lamine Traoré. On a fait des enquêtes, on s’est rendu compte que Lamine Traoré donnait 40 millions chaque fin de mois, pour 17 marchés. On s’est dit que cela est petit. On a décidé de résilier son contrat et confier la gestion à la Mairie. On a mis cela dans le portefeuille de monsieur le Maire. Le premier mois, monsieur le Maire a tapé sa poitrine, il a dit qu’on a fait un recouvrement de 150 millions. Deuxièmement mois il a encore tapé la poitrine, il a dit qu’on a eu 140 millions. Une façon de nous dire qu’on a bien fait de résilier le contrat de Lamine Traoré. Donc les conseillers se sont frottés les mains. On s’est dit que dans un an, deux ans, on peut bâtir quelque chose dont  la population va nous acclamer. Mais depuis après cela, on ne voit rien, pas de compte rendu. Quand on pose la question à monsieur le Maire, il va à autre chose. On a compris qu’il n’ya plus de clarté, on a compris qu’il veut gérer la Commune comme une entreprise privée, dans la plus grande solitude et dans la plus grande opacité. C’est pourquoi depuis ce temps là, nous les 14 du RPG, excepté lui, ça fait 13, on s’est retrouvé, on s’est dit allons voir notre collègue, s’il tombe à Matoto, on tombe tous, surtout personnellement nous du RPG, puisqu’on est du même bord. On est allé le voir, chacun a pris la parole, mais on a compris que c’est quelqu’un qui croyait à beaucoup de choses. En 2020, on a fait un Mémo qu’on a adressé au Bureau politique national et on a adressé à la Présidence. Mais on a compris que tous les coins étaient verrouillés, il se sentait très fort. On est resté tranquille jusqu’au jour fatidique du 05 septembre 2021. Lors de la dernière session, le Maire nous a appelé pour qu’on vote l’uniformisation des taxes au niveau des marchés. On a dit Non, on t’a laissé trop faire », a-t-il expliqué au micro de maguineeinfos.com. Mais jusque-là, les accusations n’ont pas fini dans le grenier du Vice-maire. En plus des recettes des 17 marchés de Matoto, Mohamed Secré Camara soulève une autre somme dont la destination n’est pas justifiée selon lui. Il s’agit de plus deux milliards de francs guinéens que le Gouvernement a alloués au fonctionnement de la Mairie.

« Moi c’est maintenant là en tant que Vice-maire, que je me rends compte que le Gouvernement d’Alpha Condé avait envoyé une subvention de deux milliards cinq cent millions de francs guinéens (2.500.000.000), c’est maintenant j’apprends cela. Un jour des médias sont venus là-bas et le problème a été posé, il a dit qu’il avait donné 1.500.000 à chaque chef de quartier. Mais si on multiplie ce montant par le nombre de quartiers, ça nous fait pas 800.000.000. Alors où est le reste des 2.500.000.000? Sans oublier les recettes des différents marchés ? Alors il en fait quoi avec tout cet argent ? Moi c’est maintenant que j’apprends cela ? Ça m’a choqué. Il prend les gens pour qui ? « , s’interroge-t-il au micro de maguineeinfos.com.Cependant, ces informations sont infondées et résultent d’un conflit d’ego et purement politique, selon les proches du Maire incriminé. En tout cas, Mory Keïta ne voit aucune crédibilité dans les propos de son camarade conseiller. Interrogé sur le sujet, cet autre membre du Conseil communal rejette le thèse de Secré Camara et apporte d’autres explications.

« Actuellement, les conseillers sont en deux clans à Matoto. Certains accusent le Maire d’une gestion opaque, ils disent qu’il détourne, qu’il n’associe pas les gens dans ce qu’il fait. Je leur concède cela, c’est leur façon de voir. Mais c’est un devoir pour moi d’apporter un démenti à cela, sachant la casquette que le Maire porte au nom de tous les conseillers. Quand un conseiller va à la Radio, à la Télévision pour tenir des allégations mensongères, c’est un devoir pour moi de démentir et d’apporter des précisions, pour que les populations qui nous ont choisi, puissent être informées par la voix la plus autorisée. Pour démentir cela, je vais vous dire que le vrai problème qui divise le Conseil communal résulte du fait que beaucoup de conseillers communaux ne connaissent pas les textes qui régissent le fonctionnement du Conseil communal, notamment le code des collectivités. La première session qui consiste à élire le bureau exécutif du Conseil, tous les conseillers vont élire le Maire et ses adjoints. Suite à cela, les conseillers participent à la vie de la collectivité à travers les sessions. C’est la première instance. Lorsque la session fait ses recommandations, les décisions sont mises à la disposition de l’autorité exécutive communale, qui est le Maire. C’est à lui d’appliquer les décisions, conformément aux procès verbaux des sessions. Maintenant, le Maire dans l’exécution de ces décisions, il est souverain et il est seul. Peut-être pour des raisons de confiance ou pour raisons d’empêchement, il peut déléguer ses prérogatives à l’un de ses adjoints ou à l’un des conseillers, dans le souci de faire fonctionner les activités de la Commune », justifie t-il.

Mal à l’aise face à l’acte de ses camarades, Mory Keïta trouve un autre motif des agissements de ceux qui crient à une gestion unilatérale. Il rappelle que le Maire reste indépendant dans l’exécution des décisions prises par les conseillers.

« Alors ceux qui disent que le Maire n’associe pas, ils le disent parce qu’ils veulent entrer dans le Bureau du Maire pour exécuter les missions qui émanant du Maire et de son Bureau, ce qui est contraire à la loi, ce n’est pas possible. Si vous avez fait des propositions au Bureau lors des sessions, vous ne pouvez pas être là lors de l’exécution. Nous tenons les 4 sessions ordinaires et les 2 sessions extraordinaires chaque année. Et chacun de mes camarades frondeurs appartient à une Commission. Et à partir de ces Commissions, ils participent à la vie de la collectivité », réagit-il.

Par ailleurs, le Président de la Commission de passation des marchés justifie la non réalisation de certaines infrastructures prévues, notamment le centre de santé de Lansanaya et l’école primaire publique de Yimbaya Port.

« On a prévu de construire un centre de santé à Lansanaya et une École primaire publique à Yimbaya Port. Mais ces investissements se réalisent avec des moyens financiers. Ces moyens financiers sont les recettes. Par rapport à la construction du centre de santé à Lansanaya, l’autorité communale a voulu mettre les unités industrielles qui sont dans la Commune, à contribution pour mobiliser d’autres ressources. Ainsi, la Société GI a fait un don de 100 tonnes de Ciment pour la construction du centre de santé. La commune s’est organisée avec le quartier qui devrait abriter le centre, des briques ont été fabriquées. Le Maire s’est arrangé à trouver des moyens pour faire un forage sur le site et le propriétaire du domaine, (monsieur Diallo) avait fait les papiers pour dire qu’il a officiellement offert le domaine pour la construction du centre de santé. Mais comme les recettes n’ont pas été mobilisées, le centre n’a pas pu être réalisé, bien que le site est dégagé. Mais construire un centre de santé moderne à l’image d’un centre de santé d’une Capitale demande beaucoup de moyens. Donc ce ne sont pas les maigres ressources de la Commune qui pourront faire ce travail. Alors certains de nos camarades prennent cette promesse qui n’a pas pu être réalisée comme un détournement, ils font comme si c’était une obligation. Sur le site de Yimbaya Port, où il était prévu de construire une École primaire publique, au moment où la Commune se préparait pour les travaux, un citoyen est venu dire que le domaine en question lui appartient. Il a sorti des documents produits par le Tribunal lui donnant raison sur le conflit qui l’opposait à d’autres personnes concernant le domaine. Donc la Commune ne pouvait pas bâtir quelque chose là-bas, alors que le propriétaire n’a pas offert le domaine », poursuit-il.En ce qui concerne l’accusation sur le manque de résultats de l’équipe dirigeante, Mory Keïta trouve des explications pour tenter de convaincre l’opinion et de dissuader ceux qu’il appelle frondeurs. Pour lui, l’un des principaux obstacles, est le Coronavirus qui a impacté la vie sociale et économique.

« Mais en 2020, l’humanité toute entière a été frappée par la pandémie de Coronavirus. Le Gouvernement de Kassory avait établi un plan de riposte dans lequel l’Etat avait demandé de ne pas faire de prélèvement sur le contribuable à la base. Ce sont des subventions qui avaient été accordées aux communes pour assurer leur fonctionnement. Donc les recettes ont significativement baissé. Il n’y a pas eu presque de recouvrement d’impôts, le Cadastre la même chose, l’état civil n’a presque pas fonctionné, il n’y avait pas de cérémonies de mariage. L’un des domaines d’intervention des Communes c’est l’assainissement. Et pour faire ce travail, il faut beaucoup de moyens. La location des grues, des camions, la carburant, la main d’œuvre qui tourne autour de l’assainissement, ce sont des montants colossaux », défend ce Conseiller.

Notre interlocuteur côté Mamadouba Tos Camara conclut son propos en appelant ses amis dissidents à venir débattre afin de trouver une solution.

« Moi, j’invite nos camarades frondeurs autour de la table, nous sommes suffisamment murs pour discuter des problèmes de la Commune autour de la table », exhorte t-il.

Même si l’on s’en tient au démenti apporté par les proches du Maire de Matoto, il faut tout de même signaler que les plaintes se multiplient sur la table de Mamadouba Tos Camara. Ce mardi, 16 août 2022, les gardes communaux de Matoto ont battu le pavé pour réclamer leurs salaires impayés depuis maintenant 9 mois. A présent, c’est le sujet qui secoue la Mairie de Matoto.

Siradio Kaalan Diallo/ 621 72 72 76/ email: villakaalan@gmail.com