Depuis des mois, nous assistons avec une inquiétude croissante à la dérive autoritaire du Conseil National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) et à sa volonté manifeste de confisquer le pouvoir, au mépris des principes démocratiques les plus élémentaires. L’annonce d’un référendum constitutionnel, loin d’être un pas vers la normalisation, s’apparente à une manœuvre de diversion destinée à masquer l’absence de toute intention réelle d’organiser des élections libres, transparentes et inclusives.
La stratégie du CNRD repose sur un enchaînement de contradictions, de revirements et de tactiques dilatoires visant à gagner du temps pour imposer un processus électoral biaisé, garant de son maintien au pouvoir. Comment accorder le moindre crédit à la tenue d’un référendum le 21 septembre 2025, alors que le texte constitutionnel est toujours en cours d’examen par un collège d’experts et que les conditions fondamentales d’une élection crédible sont inexistantes ? Ni nouvelle Constitution, ni fichier électoral fiable, ni organe de gestion indépendant, ni consensus minimal sur la conduite du processus électoral : autant de lacunes qui rendent ce projet non seulement illégitime, mais dangereux pour la stabilité du pays.
L’histoire nous a montré que toute gestion unilatérale des élections conduit inévitablement à des crises majeures, marquées par la contestation des résultats et des violences aux conséquences humaines, matérielles et économiques désastreuses.
L’annonce précipitée de cette date n’est rien d’autre qu’un artifice de communication, une tentative désespérée de redorer l’image du général Mamadi Doumbouya, de plus en plus décrié pour ses reniements successifs et son mépris des engagements pris devant le peuple et la communauté internationale.
Le cas du fichier électoral illustre parfaitement cette volonté de manipulation. Le fichier utilisé lors de la présidentielle du 18 octobre 2020, validé par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), aurait pu être mis à jour simplement en radiant les électeurs décédés et en intégrant les nouveaux inscrits.
Pourtant, le CNRD a sciemment choisi le Recensement Administratif à Vocation d’État Civil (RAVEC), une manœuvre dilatoire dont l’unique objectif était de retarder la transition. Après des mois d’échecs, marqués par l’amateurisme et l’incapacité à rémunérer les agents recenseurs, la junte a fini par abandonner le RAVEC pour imposer un recensement biométrique dans un délai irréaliste – une décision qui ne peut mener qu’au chaos et à la fraude.
Pire encore, l’exclusion des partis politiques des commissions de recensement révèle une volonté manifeste d’opacité et de manipulation du processus. L’histoire nous enseigne qu’une élection sans contrôle indépendant se transforme toujours en mascarade électorale.
Le rôle du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) est tout aussi préoccupant. Aujourd’hui militarisé, ce département est devenu un instrument au service du pouvoir. Gouverneurs, préfets, sous-préfets, présidents de délégations spéciales, chefs de quartiers et de districts : tous ont été nommés par la junte, en violation flagrante des lois nationales et des engagements internationaux de la Guinée. Ce même ministère a déjà été impliqué par le passé dans des fraudes électorales massives : bourrages d’urnes, falsifications de procès-verbaux, intimidations et violences. Comment espérer une élection crédible sous son contrôle ?
Le général Mamadi Doumbouya doit mettre un terme à cette supercherie. Il est impératif d’abandonner ces manœuvres dilatoires et de revenir aux fondamentaux d’une transition responsable : assurer la gestion courante de l’État et organiser des élections crédibles. La Guinée ne peut plus être prise en otage. Le peuple doit pouvoir choisir librement ses dirigeants et tourner enfin la page de l’incertitude et de l’injustice.
Souleymane Souza KONATÉ
Président de la Commission Communication de l’ANAD
Conseiller chargé de communication de Cellou Dalein Diallo