Et si la clé pour gérer l’insalubrité de Conakry, les inondations à Manéah ou les caniveaux bouchés à Matoto ne se trouvait ni à Kaloum ni à Pékin, mais dans nos quartiers ? Un hadith du Prophète Muhammad nous offre une boussole politique d’une modernité troublante : la subsidiarité.
Il y a quatorze siècles, le Prophète Muhammad a posé une règle simple : « Si vous apprenez qu’une épidémie de peste sévit dans une terre, n’y entrez pas. Si elle survient alors que vous vous y trouvez, n’en sortez pas. »
Derrière cette consigne sanitaire se cache une révolution politique : la décentralisation des responsabilités. Face à la peste, le Prophète n’a pas attendu d’envoyé un calife pour décider à la place des communautés. Il a donné le pouvoir aux habitants d’une ville saine de dire « nous restons dehors », et aux habitants d’une ville infectée de dire « nous restons chez nous». C’est le principe de subsidiarité en action, bien avant que les politologues ne le théorisent.
Aujourd’hui, nos quartiers nous crient la même vérité. Matoto, Manéah, Coyah : caniveaux bouchés, eaux stagnantes, décharges sauvages, inondations récurrentes. L’administration centrale, aussi compétente soit-elle, ne peut pas tout gérer depuis Kaloum.
Trois constats s’imposent :
1. Des centaines d’agents qualifiés du ministère sont concentrés dans des directions centrales sans véritable utilité opérationnelle, tandis que nos communes manquent de techniciens de proximité.
2. Une fuite d’eau non réparée ou un dépôt d’hydrocarbures exposé prennent des proportions nationales simplement parce que la décision n’est pas au bon niveau – 2023 continue toujours à nous pourri la vie.
3. Préfets et maires sont en première ligne, mais sans les moyens ni les agents spécialisés pour agir. Sans oublier que le département AHH, n’a pas tout les leviers de contraintes sur les autorités locales.
Je propose donc trois mesures simples, sans loi révolutionnaire ni budget colossal :
1. Transférer les compétences opérationnelles aux collectivités territoriales : entretien des réseaux, contrôle de la qualité de l’eau, gestion des déchets. Le rôle central reste la régulation et le soutien technique.
2. Déployer les agents du ministère sur le terrain – un agent par commune – comme conseillers techniques résidents auprès des gouverneurs, préfets et maires, mais aussi .
3. Créer et renforcer des directions communales opérationnelles, avec un vrai budget et un pouvoir de décision limité mais réel. Elles seront le visage du ministère sur le terrain; elles imprégneront la politique départementale au niveau local.
Les bénéfices sont clairs : réactivité en heures, prévention des urgences, meilleure utilisation des ressources humaines, et redevabilité pour les citoyens.
Le ministère en charge de ces questions, doit savoir que les crises ne frappent jamais que notre négligence. L’absence de proximité tue l’efficacité. Sa réussite de son combat contre la salubrité passera par ce maillage territorial intelligent. La leçon du VIIe siècle n’attend pas.
Le rappel profite aux croyants. Wa Salam !
Par Imam Abdoul-Aziz Konaté,
Spécialiste en planification stratégique des urgences.








