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À Nairobi, des peuples autochtones demandent à reprendre la main sur leurs territoires

Une association forestière communautaire locale au pied de la forêt de Mrima Hill à Lunga-Lunga, dans le comté de Kwale, au Kenya, le 26 septembre 2025. (Image d'illustration) AFP - TONY KARUMBA

Défendre les modes de vie ancestraux des peuples autochtones et leur accès à la terre. C’était l’une des thématiques du congrès « Notre terre, notre nature », qui s’est tenu la semaine dernière, du 21 au 25 septembre, à Nairobi, la capitale du Kenya. Une soixantaine de représentants de communautés autochtones d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et du Nord ont pu se rencontrer, échanger sur leurs luttes et leurs moyens d’action. Ils en ont tiré une déclaration commune, avec un mot d’ordre : repenser les manières de préserver l’environnement et permettre aux peuples autochtones de reprendre la main sur leurs territoires.

Réunis à Nairobi, des représentants de populations autochtones d’Afrique, d’Asie et d’Amérique dénoncent l’accaparement de leurs territoires par des gouvernements, des entreprises et des ONG au nom de la préservation de l’environnement. Elias Kimaiyo est venu de la forêt d’Embobut, dans l’ouest du Kenya. Il porte leur message devant la presse : « Nos territoires sont transformés en parcs nationaux, en sanctuaires animaliers, en réserves et en zones de chasse aux trophées sans notre consentement. Nos territoires se retrouvent vendus via des marchés carbone, des crédits de biodiversité qui servent à verdir les comportements destructeurs de multinationales. »

Dans le sud-est du Cameroun notamment, les communautés Baka ont à plusieurs reprises, par le passé, dénoncé des restrictions d’accès à la forêt, dont certaines zones sont classées comme aires protégées. « Nous avons connu des expulsions, des violations physiques, des expropriations abusives, des interdictions d’accès aux ressources, détaille Timothée Emini, docteur en droit, originaire de cette région et représentant à Nairobi. Il était temps d’en parler et que le monde sache quelle est l’histoire que les peuples autochtones Baka au Cameroun ont connue face à cette approche militarisée de la conservation. Or, la bonne approche de la conservation durable que le monde connaît aujourd’hui, c’est celle qui a longtemps été pratiquée par les peuples autochtones. Nous sommes les meilleurs conservateurs. »

« Décoloniser » la conservation de la nature

Les communautés qui se sont unies au Kenya demandent à pouvoir reprendre la main sur leurs territoires et leur préservation. Le congrès « Notre terre, notre nature », à Nairobi, était organisé par l’ONG de défense des droits des peuples autochtones Survival International. Elle milite pour la défense de leurs territoires à travers le monde, contre l’accaparement de leurs terres, et appelle à « décoloniser » la conservation de la nature.

Paul Renaut, chargé de campagne au sein de l’ONG, explique ce que cela signifie : « Décoloniser la conservation, ça veut surtout dire respecter les droits territoriaux des peuples autochtones. La meilleure manière de protéger ces espaces, c’est de confier la gestion à ceux qui ont normalement les droits sur ces territoires, à savoir les peuples autochtones, qui en sont les meilleurs gardiens, qui exercent cette protection depuis toujours, sans forcément que ça ait cette étiquette de conservation. (…) Ce qui est contre-productif, c’est qu’en expulsant les meilleurs gardiens de leurs terres, ça laisse l’espace libre à de nombreux autres types d’exploitation de ces territoires. Je pense par exemple au tourisme de masse qui se met en place dans ces aires protégées. C’est aussi le cas de plein de types d’extractions : extraction pétrolière, extraction minière, extraction forestière, et tout ça au sein, parfois, des aires protégées. Qui paie le prix, non seulement de la destruction de l’environnement, mais aussi de la prétendue conservation ? C’est toujours les mêmes : les peuples autochtones qui vivent sur ces territoires. »

RFI

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