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REFERENDUM DU 21 SEPTEMBRE 2025 : UNE NOUVELLE CONSTITUTION POUR LE PEUPLE OU POUR LE POUVOIR ?

Le peuple, dans sa patience admirable, a attendu, observé et espéré. Aujourd’hui, on lui propose une nouvelle Constitution, censée incarner les fondements d’une République rénovée. À bien des égards, le texte soumis au vote comporte des avancées notables que le principe de bonne fois oblige de reconnaitre. Mais, ce référendum, dévoilé à la nation guinéenne comme l’ultime étape vers un retour à l’ordre constitutionnel, soulève néanmoins une question fondamentale : cette nouvelle Constitution est-elle pensée pour le peuple guinéen ou pour consolider le pouvoir en place ? Car, au-delà des discours officiels et des slogans institutionnels, la Constitution engage tout de même notre avenir et notre devenir collectif. Il ne s’agit pas d’un simple document juridique, mais d’un pacte national, d’un « contrat social » pour reprendre l’expression de Jean-Jacques ROUSSEAU, du rocher de notre démocratie. « On ne peut pas servir deux rois à la fois ».

D’abord, l’allongement du mandat présidentiel à sept années, renouvelable une seule fois, n’apparaît pas comme un simple ajustement de calendrier, il modifie la dynamique même de la vie politique en Guinée. Initialement, notre Constitution de 1958 avait opté pour un septennat et cela en valait la peine dans la mesure où cela permettait à l’exécutif de réaliser une bonne partie du programme. Le problème n’est donc pas foncièrement la durée, mais le manque de transparence dans les consultations car il était question de cinq ans, un point c’est tout. Le revirement de situation est donc spectaculaire et cette attitude laisse transparaître un manque de clarté dans le processus démocratique tant voulu en Guinée et par le président de la transition lui-même. Et, dans un pays où l’expérience démocratique vacille, l’extension d’un mandat peut facilement devenir un outil de concentration du pouvoir car, l’absence de garanties claires sur l’indépendance des organes de contrôle, le flou autour du rôle des forces armées dans la vie politique et le silence sur les mécanismes de transition post-référendum nourrissent légitimement les inquiétudes. A l’échelle institutionnelle, la création d’une Cour spéciale habilitée à juger le chef de l’État et les membres du gouvernement pour haute trahison semble donner l’illusion d’un contrôle renforcé car, elle peut, en vérité, s’ériger en sanctuaire judiciaire, à l’abri de toute contestation, si ses juges sont nommés sans contrôle extérieur. Le risque est alors que cet organe, pensé pour garantir la probité, devienne au contraire, le bouclier d’un pouvoir en quête d’impunité. Subséquemment, la question de la double nationalité n’a pas été explicitement tranchée puisque l’article 45 de la nouvelle Constitution reprend l’ancien article 29. Mais l’hypothèse est que, la reconnaissance de la double nationalité pour un poste électif de surcroit de la magistrature suprême, dénote pour ma part, une offense expresse au principe de souveraineté qui caractérise tout Etat indépendant et questionne la loyauté du Chef de l’Etat envers sa nation. Car, comme le dit bien un dicton, « On ne peut pas servir deux rois à la fois ». En cas de tensions diplomatiques entre la Guinée et le pays de la seconde nationalité, le président pourrait se retrouver dans une position délicate. Si la Constitution ne précise pas les obligations exclusives du président envers la Guinée, cela peut créer des vides juridiques en matière de responsabilité, de sécurité nationale ou de diplomatie. Subséquemment, un président binational pourrait, en théorie, bénéficier de la protection juridique d’un autre État, ce qui pose problème en cas de poursuites ou de litiges. Pour une nation en quête de stabilité politique, de souveraineté, d’indépendance effective et non fictive, de cohésion sociale, l’idée qu’un chef d’État puisse avoir une autre allégeance n’est carrément pas la bienvenue. Il y a nécessairement un problème de loyauté envers son pays, envers sa nation, même avec un semblant explicatif de favoriser l’inclusion ostensiblement défendu par les rédacteurs de la Constitution et compagnies. C’est vrai que depuis l’indépendance, cette question n’a jamais été soulevée voire déférée à la Cour constitutionnelle, au point d’imaginer que la double nationalité, pour l’exécutif est
interdite (en son article 29, elle précise uniquement que « Tout candidat à la présidence doit être de nationalité guinéenne » et pas plus) et que ce principe est sacré. Pour autant, ce silence ne doit pas et ne devrait pas ouvrir la possibilité pour à double nationalité pour un si grand poste. Un seul principe doit prévaloir : pas de double nationalité pour le poste de président ou autres postes de haute responsabilité. Plus préoccupant encore, le processus ayant conduit à ce référendum s’est déroulé dans une opacité troublante : les critiques sont étouffées, les manifestations interdites, les voix dissidentes réprimées. Comment peut-on parler de consultation populaire lorsque le peuple est privé de débat réel ou lorsqu’on manipule l’opinion non instruite et accompagne le projet de discours propagandistes, de choix et de liberté d’expression ? Quand l’opposition
dénonce l’usage des moyens publics pour mobiliser le « Oui », elle est traitée d’irresponsable ou d’ennemie de la
stabilité. Pourtant, remettre en question le fondement même d’un vote présenté comme inévitable, c’est défendre l’idée qu’une vraie démocratie exige plus que de simples slogans. C’est réclamer la transparence sur le choix des articles, la tenue de débats contradictoires et la publication de simulations d’impact. Ce climat de peur et de verrouillage institutionnel est incompatible avec l’esprit d’une démocratie véritable. Une Constitution ne peut être imposée par décret, elle doit être le fruit d’un consensus national réel, d’une écoute sincère, d’un respect des différences et non de la manipulation des administrés. Elle doit unir, non diviser, protéger et non dominer. Chaque amendement devait être expliqué, questionné, amendé, dans une boucle itérative garantissant que la loi fondamentale soit l’émanation de la volonté collective plutôt que le fruit d’un diktat. Il ne faut pas se laisser enfermer dans une logique binaire : « Oui » ou « Non » au référendum. L’enjeu, finalement, n’est pas de dire « Oui » ou « Non » à un texte abstrait, mais de choisir la voie d’une démocratie vivante. Accepter un projet constitutionnel, c’est accepter un contrat social où les gouvernants s’engagent à respecter les droits énoncés et les gouvernés à honorer la légalité républicaine. Si ce contrat ne repose pas sur une confiance authentique, il reste lettre morte. Pire, il alimente la désillusion et nourrit l’instabilité. À l’inverse, une Constitution forgée dans l’inclusion et la transparence peut devenir le socle d’une renaissance politique où la parole publique n’est plus l’apanage de quelques élites, mais le fruit d’un dialogue inclusif permanent. Le vote du 21 septembre ne sera pas le simple aboutissement d’une transition, mais le prélude de décennies à venir. Il décidera si la Guinée choisit l’option du progrès inscrit dans la loi fondamentale, ou si elle bascule dans une forme de permanence autoritaire subtilement déguisée sous les habits de la légalité constitutionnelle. Face à cette alternative, chaque citoyen porte la responsabilité de s’informer, de débattre et de peser les conséquences sur le long terme. A la jeunesse, gardienne de la République : le 21 septembre est un jour de choix et pas de soumission. Je ne suis pas de ceux qui rejettent systématiquement tout ce qui vient du pouvoir. Je reconnais les efforts, les intentions et les gestes des autorités de la transition. Une Constitution, pour être légitime, doit être portée par le peuple, non par une poignée de décideurs préoccupés par leurs intérêts privés. C’est seulement à ce prix, que la promesse d’une Guinée démocratique, prospère et solidaire, pourra enfin devenir tangible, une sorte de phare guidant les générations futures. C’est pourquoi, je m’adresse ici à la jeunesse guinéenne, à cette génération qui n’a connu que les transitions, il ne faut pas se laisser enfermer dans une logique binaire : «pour ou contre le référendum ». Il faut refusez le silence mais aussi le vacarme inutile pour devenir les gardiens de notre avenir, les bâtisseurs d’une Guinée libre, juste et solidaire.
Ce référendum ne doit pas être un plébiscite, encore moins un piège. Il doit être une opportunité de repenser notre République, de redéfinir notre rapport au pouvoir, de réconcilier notre histoire avec notre avenir, car l’histoire nous a appris que les Constitutions taillées sur mesure finissent toujours par étouffer la démocratie qu’elles prétendaient servir. Le référendum du 21 septembre peut être une opportunité, mais il ne le sera que si nous avons le courage de poser la bonne question : cette Constitution est-elle faite pour nous, ou contre nous ? Est-elle l’expression de notre souveraineté ou la prolongation d’un pouvoir qui refuse de se retirer ?

À chacun de répondre, mais à tous de veiller.

Robert Sarah MANO
Ancien-Journaliste

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