Depuis hier, suite au lancement de l’exploitation du méga projet minier Simandou, le débat autour de la participation de 15 % de l’État guinéen a ressurgi.
Si la critique ne doit pas être mal perçue — chacun ayant le droit de s’exprimer — elle mérite néanmoins d’être accompagnée d’éclaircissements, afin que le public comprenne l’ampleur historique et stratégique de ce résultat pour le pays.
1. Un projet structurant qui justifie les 15 % de l’État
Simandou n’est pas une mine ordinaire.
C’est l’un des plus vastes gisements de fer du monde, avec une teneur exceptionnelle et un potentiel stratégique pour les décennies à venir. Sa mise en valeur nécessite plus de 20 milliards de dollars d’investissements, incluant la construction d’un chemin de fer transguinéen de plus de 600 km, ainsi qu’un port en eau profonde à Moribaya.
Aucun État africain, pas même les plus industrialisés, ne pourrait supporter seul une telle charge financière, car cela aurait immobilisé une grande part du budget national, créé un risque macroéconomique énorme (endettement massif, inflation, pression sur la monnaie), et retardé d’autres investissements stratégiques dans la santé, l’éducation ou l’énergie.
Ainsi, garantir 15 % de participation gratuite dans un projet de cette ampleur, sans engager de ressources publiques, représente un acquis inédit et exemplaire en matière de gouvernance minière.
2. Une participation réelle et non symbolique
Dans plusieurs pays, les participations étatiques affichées à 30 ou 40 % sont souvent non libérées, c’est-à-dire que l’État doit financer sa part d’investissement.
Faute de moyens, ces participations se transforment vite en actions dormantes, voire en dettes vis-à-vis des partenaires privés.
En Guinée, les 15 % acquis dans Simandou sont garantis et directement effectifs, assurant à l’État non seulement une part directe dans les bénéfices, mais également un rôle stratégique dans les décisions opérationnelles du projet.
Cette même règle de 15 % s’applique également aux projets de bauxite, selon le Code Minier de la République de Guinée (2011, article 150‑I).
C’est une souveraineté économique pragmatique : celle qui privilégie le durable au spectaculaire.
3. Une avancée majeure par rapport aux contrats historiques
Comparé aux contrats historiques de la bauxite, où la participation de l’État était souvent faible, conditionnelle ou nécessitait un financement public, les 15 % obtenus dans le projet Simandou représentent un véritable tournant. Ils sont garantis et directement effectifs, assurant à l’État non seulement une part des bénéfices, mais également un rôle stratégique dans les décisions opérationnelles. Cette différence illustre clairement la modernité et l’équité du contrat Simandou, qui protège les intérêts nationaux et renforce la souveraineté économique de la Guinée.
4. Au-delà des parts : le contrôle du corridor national
L’accord signé ne porte pas seulement sur l’exploitation du minerai.
Il consacre à la Guinée la propriété et la maîtrise du corridor ferroviaire et portuaire, infrastructures structurantes qui relieront les zones minières au littoral.
Ces infrastructures resteront la propriété du peuple guinéen et serviront demain à diversifier notre économie, en facilitant le transport des personnes, de leurs biens, d’autres ressources et de marchandises.
C’est là la véritable victoire : Simandou ne sera pas une enclave étrangère, mais un levier d’intégration territoriale et de développement national.
5. Une approche alignée sur la souveraineté économique voulue par le Président Mamadi Doumbouya
La vision portée par le Président de la République s’inscrit dans une logique de revalorisation de la souveraineté guinéenne sur ses ressources.
Ces 15 % ne sont pas un compromis, mais un symbole de renégociation intelligente, où la Guinée a imposé la transparence, la répartition équitable et la prise en compte de ses intérêts stratégiques.
L’expérience acquise au cours des quatre dernières années par le Chef de l’État et son gouvernement a permis de consolider une approche rigoureuse, axée sur l’excellence, la méritocratie et la défense du bien commun.
En conclusion
Simandou n’est pas un simple projet minier ; c’est un symbole de transformation nationale.
Loin des jugements hâtifs, les 15 % de participation de l’État guinéen représentent un modèle équilibré et souverain, garantissant à la fois la rentabilité, la transparence et la maîtrise de nos infrastructures stratégiques.
C’est un résultat inédit, fruit d’une négociation ferme, conduite dans le respect des équilibres économiques mondiaux et des intérêts supérieurs de la Nation.
Abdoulaye KEITA
Premier Conseiller Économique à l’Ambassade de Guinée à Paris
Expert en études internationales avancées dans le domaine des Relations Internationales
